Rosa Parks

Posted on 08/01/18 No Comments

Alors que les manifestations pour protester contre les violences policières envers les “Noirs” se multiplient actuellement aux États-Unis, le 18 décembre 1865, le Congrès américain adoptait le treizième amendement de la Constitution : “Il n’existera dans les États-Unis, et dans toute localité soumise à leur juridiction, ni esclavage ni servitude involontaire, si ce n’est à titre de peine d’un crime dont l’individu aurait été dûment déclaré coupable.” En 1867 et 1868, les 14e et 15e amendements donnent lieu à l’obtention des droits civiques par les Afro-Américains. Une situation qui, à première vue, encourage la mixité et le recul du racisme, mais encore faut-il que tous les États – et notamment ceux du Sud – approuvent ces lois. En toile de fond, le climat reste extrêmement malsain, à l’image de l’arrêt Plessy vs Ferguson de 1896 qui contourne la jurisprudence fédérale et autorise les États à imposer une législation largement ségrégationniste pourvu que les conditions offertes aux deux races demeurent égales. La notion “d’égalité” elle-même est constamment bafouée. C’est dans ce contexte que Rosa Parks voit le jour.

  • Scottsboro Boys

L’évolution vers l’équité n’est pas un long fleuve tranquille et reste un sentier jonché d’événements dramatiques dont Rosa Parks est témoin. Le contexte du sud des États-Unis se prête aux lois ségrégationnistes, on dénombre quantité d’actes racistes, et notamment l’affaire des “Scottsboro Boys”. En mars 1931, neuf garçons noirs du Tennessee se faufilent à bord d’un train de fret dans l’espoir d’atteindre l’État de l’Alabama afin de trouver du travail. Ils sont rapidement pris à partie par des Blancs pour finalement être attendus plus tard à une gare par un comité d’accueil armé et décidé à les faire descendre.

La police présente sur place évite le lynchage public, mais pas la prison. Deux femmes blanches présentes dans le train les accusent de viol. Ils sont jugés coupables – hormis l’enfant âgé de douze ans – et condamnés à mort en avril 1931. Plusieurs organisations telles que la NAACP – Association nationale pour l’avancement des gens de couleur – réussissent à retarder l’exécution. Ils sont finalement jugés innocents et il faudra attendre l’année 1950 pour que le dernier accusé soit relâché.

Au quotidien, les enfants sont séparés dans les écoles en fonction de leur couleur de peau. On retrouve ce même procédé dans les restaurants, les bus ou encore l’accès aux fontaines. Aussi, un citoyen noir perçoit un salaire inférieur à celui d’un citoyen blanc pour une même profession. Cette atmosphère oppressante n’est pas sans conséquence sur Rosa Parks qui saisit l’importance du combat pour les droits civiques. Elle passe ainsi du statut de citoyenne passive à celui de militante active.

  • Le vote est un luxe

Le 15e amendement de la Constitution donne le droit de vote à tous les Noirs américains, en théorie. Dans la pratique, l’accession au droit de vote pour les Afro-Américains demeure inaccessible dans les États du Sud. Au cours des années 1940, la frénésie du Ku Klux Klan représente une barrière à l’accès aux listes électorales, mais cette mainmise du KKK ne constitue pas le seul obstacle. En effet, chaque individu qui manifeste le souhait de voter doit passer un test démontrant qu’il possède les bases de la lecture et de l’écriture, mais il doit également être en mesure de payer une taxe de vote – poll tax – coûteuse. Rosa Parks milite contre ce diktat et devient membre de la “Voter’s League” avec pour ambition de faire évoluer cette situation qu’elle juge intolérable. Cela étant, le mouvement de contestation manque d’entrain et n’est pas à la hauteur de ses attentes. De ce fait, elle décide d’entreprendre seule son inscription sur une liste d’électeurs en 1943.

Elle passe les tests d’alphabétisation et, en cas de succès, on l’informe qu’elle recevra sa carte par la poste. Tout électeur blanc reçoit sa carte directement s’il réussit les tests, mais Rosa Parks se montre patiente jusqu’au jour où elle décide de retourner au bureau d’enregistrement et apprend qu’elle a échoué au test. Elle ne s’avoue pas vaincue et se présente au bureau de vote, à deux reprises, entre 1943 et 1945. En avril 1945, déterminée à dénoncer toutes ces manipulations, elle passe de nouveau le test – pour la quatrième fois – et recopie ses réponses. Elle reçoit sa carte sans avoir à porter plainte, mais il lui reste à payer la taxe proportionnellement au nombre d’années pendant lesquelles elle n’a pas voté. Âgée de 32 ans en 1945, elle doit payer 1,5 dollar par année depuis ses 21 ans, soit 16,5 dollars, ce qui représente une semaine de son salaire de couturière. Premier combat et premier succès pour Rosa Parks.

  • L’étincelle

Le 1er décembre 1955, Rosa Parks refuse de céder sa place sur la ligne du bus 2857. Elle viole ainsi le règlement de la compagnie – les citoyens noirs étant parqués au fond du bus – et doit être jugée. Son procès ne dure que cinq minutes et représente une aubaine pour les militants du NAACP accusés d’avoir tout planifié. L’affaire est portée devant une plus haute juridiction et aboutit en parallèle à la création d’une association regroupant plusieurs pasteurs, la Montgomery Improvement Association. Martin Luther King en est élu président. Rosa Parks n’est pas la première femme à s’insurger contre ces lois racistes, mais elle dispose d’un passé exempt de toute accusation, MLK la cite en exemple : “Puisque cela devait arriver, je suis heureux que cela arrivât à une personne comme Rosa Parks, car nul ne peut douter du rayonnement de son intégrité […]. Nous sommes ici ce soir pour dire à ceux qui nous ont maltraités depuis si longtemps que nous sommes fatigués. Fatigués de subir la ségrégation et d’être humiliés, fatigués d’être foulés par l’oppression […]. Nous avons parfois donné l’impression aux Blancs que nous aimions la manière dont nous étions traités. L’une des plus grandes gloires de la démocratie est le droit de protester.”

Son acte de bravoure n’est pas sans résonance puisqu’en découle une large campagne de boycott des bus de Montgomery. La MIA rédige en parallèle une liste de trois requêtes à la compagnie de bus :

1) Que les chauffeurs soient plus courtois à l’égard de toutes les personnes,
2) Règle du “premier arrivé, premier servi”,
3) Que des chauffeurs noirs soient engagés.

Le 8 décembre 1955, les requêtes sont refusées par les représentants de la compagnie de bus. Le boycott est maintenu malgré les nombreuses pressions et manigances exercées sur les militants. Martin Luther King est accusé de dépassement de vitesse, arrêté, mis en cellule, menacé de mort tandis que sa maison est dynamitée.

  • Civil Rights Act

Une loi de 1921 interdisant le boycott est déterrée par les avocats de la compagnie de bus, Rosa Parks est accusée – avec 88 personnes – d’être à l’origine du mouvement de contestation. Elle se rend elle-même au shérif. En définitive, seul MLK est jugé et reconnu coupable. Il doit payer une lourde amende – 500 dollars -, mais les efforts et sacrifices consentis aboutissent – le 13 novembre 1956 – à la victoire de la MIA. La Cour suprême des États-Unis reconnaît la ségrégation dans les bus contraire à la Constitution. La communauté noire met un terme à un boycott de 381 jours et remporte son bras de fer judiciaire face à la municipalité raciste de Montgomery. Presque dix ans plus tard – le 2 juillet 1964 -, le Civil Rights Act est voté et met fin à la discrimination raciale dans les lieux publics, offrant une protection légale contre les traitements injustes à la communauté noire américaine. La même année, MLK reçoit le prix Nobel de la paix sous les yeux approbateurs de Rosa Parks, élément décisif de cette lutte pour la liberté et l’égalité.

Source : http://www.lepoint.fr/histoire/les-etats-unis-ont-ils-oublie-rosa-parks-19-12-2014-1890988_1615.php