La transformation de Paris

Posted on 08/24/18 No Comments

Le Paris dans lequel nous avons pour habitude de nous balader est le fruit de l’imagination de deux hommes clés. Napoléon III et Georges Eugène Haussmann sont les deux architectes de cet héritage prestigieux envié dans le monde entier. Le Paris d’aujourd’hui est le fruit de leur collaboration et cette transformation du paysage parisien ne s’est pas faite en un claquement de doigt. Les travaux ont débuté en 1853 mais avant cela, il a fallu s’inspirer !

  • Influences étrangères

C’est à l’étranger que l'”homme” du coup d’Etat de 1851 puisa son inspiration et ce dès son plus jeune âge où il vécut sur les bords du lac de Constance. Habitué des longues promenades en nature, Napoléon III ne reste pas non plus indifférent à ce que lui offre Londres lors de ses multiples séjours. C’est ici qu’il s’imprègne des squares, des grands parcs paysagers ouverts au public et de la beauté des avenues. A cette période, Londres est la capitale la plus moderne d’Europe. Le grand incendie subit au 17ème siècle oblige la royauté à rebâtir la ville ravagée.

Paris n’est pas à l’abri et souffre d’un aménagement spatial saturé propice à l’insalubrité et à la prolifération de microbes. Pour preuve, Paris est le théâtre d’une épidémie de choléra en 1832 qui se répand comme une traînée de poudre et coûte la vie à 18 402 Parisiens. La place du Louvre se compose essentiellement de petites habitations délabrées et d’hôtels tandis que repose un cabaret sale et sordide sur la place du Carrousel.

Des rapports policiers rédigés à cette époque décrivent l’Ile-de-la-Cité comme l’un des endroits les plus misérables où pullulent des taudis. Bouges où s’entassent jusqu’à 24 personnes sans latrines, la cour en faisant office… Il est également très compliqué de circuler dans Paris. Par exemple, il s’avère impossible de se rendre directement du Nord au Sud ou de l’Est à l’Ouest ! Dans un tel contexte, des transformations drastiques sont alors imaginées par Napoléon III et le baron Haussmann.

  • Le “triomphe” de la circulation

C’est l’un des mots d’ordre des démarches entreprises pour la transformation de Paris mais pas au sens strict de la circulation “routière”. Pour les têtes pensantes de ce chantier faramineux, il s’agit surtout d’une circulation au sens large, à savoir la circulation des personnes, de l’air ou encore des capitaux.

En 1860, les communes en bordure de Paris (Auteuil, la Villette, Bercy, Belleville…) sont intégrés à la géographie de Paris ce qui a pour conséquence de décupler la population parisienne de 60 %. Face à cette étendue du territoire, Haussmann va développer un nouveau réseau de percée avec des rues dont la largeur avoisine les 20 à 30 mètres. Afin de relier tous ces communes annexées, il créé les boulevards des maréchaux ce qui confère à Paris des voies de communication transversale alors que jusqu’ici, elles avaient toujours été radiales.

Pour donner de la cohérence à ce nouveau schéma composé de grands axes, Haussmann agrémente son réseau de places à leur mesure. Des grandes places voient le jour et d’autres sont réaménagées telles que la place de l’Etoile, la place de la Nation ou la place du Châtelet. On retrouve ce souhait « d’interconnecter » la capitale à travers la construction de la gare de Lyon (1855) et de la gare du Nord (1865). En effet, la révolution du chemin de fer ouvre d’immenses perspectives pour le grand commerce et Napoléon considère les gares comme les nouvelles portes de Paris. Pour répondre à ce défi économique, l’accès aux gares est rendu plus accessible.

Outre l’édification d’un réseau de voies urbaines cohérentes, cette période voit également se multiplier les parcs et les jardins dans un souci cette fois-ci de « circulation de l’air » ! Pour répondre à cette absence totale d’arbres, plusieurs grands parcs sont construits, transformés et inaugurés. On pense notamment au parc des Buttes-Chaumont, au parc Montsouris ainsi qu’aux deux poumons que représentent le Bois de Boulogne et le Bois de Vincennes. En aparté, si  un jour vous avez l’occasion de visiter Vichy, nous vous conseillons le magnifique parc Napoléon III. Des arbres du monde entier y ont été plantés et le résultat est tout bonnement prodigieux !

Napoléon III et Haussmann doivent aussi faire face aux insuffisances liées au traitement des eaux usées. En réponse à cette problématique, ils développent un réseau d’égouts et d’adduction d’eau. Conspué et cible de nombreux pamphlets, Haussmann a construit au total 30 000 immeubles, 600 kilomètres d’égouts, 300 kilomètres de voirie et planté un million d’arbres dans une ville qui en était alors dépourvue. Paris devient une référence suite à l’exposition universelle de 1867, tout comme Haussmann aux yeux d’un ensemble d’urbanistes européens.

  • Seulement 17 ans

C’est le temps qu’il a fallu au baron Haussmann pour réaliser ces travaux pharaoniques. Une prouesse lorsqu’on prend conscience de la métamorphose opérée durant cette courte période. Toutefois, de tels aménagements n’auraient pas été envisageables à l’heure actuelle et c’est en raison des pouvoirs inhérents à la fonction de préfet que les travaux ont pu voir le jour aussi rapidement. En effet, Haussmann possédait des pouvoirs exécutifs qui sont aujourd’hui ceux des maires et des présidents des conseils départementaux. De plus, les assemblées locales étaient désignées par le gouvernement et non élues.

Dans une telle configuration, le profil entreprenant et aguerri d’Haussmann est idéal d’autant plus que l’ancien préfet de Bordeaux a su s’entourer d’une équipe loyale et efficace constituée de personnalités telles que l’ingénieur Alphand, les architectes Garnier, Hittorff et les banquiers Péreire et Rothschild.

Pour accomplir tous ces hauts faits, il a fallu réfléchir à un système de financement capable de générer des fonds en abondance. C’est alors que le modèle de « dépenses productives » est imaginé par Victor de Persigny et Haussmann. Ce modèle consiste à récupérer l’argent emprunté en cédant le nouveau terrain sous forme de lots séparés à des promoteurs. L’accroissement démographique de la ville, l’enrichissement de la population et les conséquences directes des travaux conjuguent leurs effets et alimentent pleinement ce système d’emprunt gagé sur recettes.

C’est d’ailleurs Haussmann qui insiste pour signer les contrats de vente précédant l’acquisition de la parcelle afin de s’assurer du respect des normes architecturales – les moulures, les balcons, les corniches – toujours dans un souci d’harmonie et d’homogénéité.

  • Chapeau bas !

Le contexte géopolitique tendu de 1870 et les pressions exercées par le parlement à l’encontre des commanditaires de ces travaux démesurés viennent mettre un terme aux aspirations sans limite d’Haussmann. Les projets d’aménagement envisagés dans le cadre du Grand Paris s’inscrivent dans la continuité des volontés de Napoléon III. Longtemps décrié – expropriations, destruction des anciens quartiers pittoresques – beaucoup s’accordent néanmoins sur le fait qu’il était nécessaire et urgent de procéder au réaménagement de la capitale. Au regard des résultats, on ne peut que saluer le culot, l’ingéniosité et la maestria dont Napoléon III et le baron Haussmann ont fait preuve à cette période et qui font aujourd’hui de Paris l’une des villes les plus visitées au monde.